Chronique
24 mars 2016
Air intérieur et habitat
Outils de surveillance et information

A la crèche ou à l’école les personnels peuvent améliorer la qualité de l’air

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La règlementation obligera les communes à réaliser des diagnostics couteux à partir de 2018. Mais certaines anticipent, impliquent leurs personnels, et obtiennent des résultats durables, pour la santé des enfants et pour leurs finances.

« Il faut clairement protéger les bronches des jeunes enfants. Leur système respiratoire en plein développement est très sensible à tous les perturbateurs endocriniens ». S’il y a bien une raison de favoriser un air sain, la voilà, pour Mathieu Izard, ingénieur d’études à Air PACA, référent pour les questions d’air intérieur.

Chez les petits, de la naissance à huit ans, les atteintes au système pulmonaire peuvent entraîner des séquelles, à long terme. C’est pourquoi, à partir de 2014, une réglementation particulière devait être appliquée dans les crèches, et dans les écoles maternelles comme élémentaires.

Mais bien des maires en ont eu des sueurs froides. Le coût des mesures de qualité de l’air aurait été, en moyenne, de 2500€ par établissement concerné. Et en cas de dépassement de seuils réglementaires, il aurait fallu remettre ça sous deux ans.

Mille kits pour diagnostiquer, et en parler avec le personnel

Beaucoup furent donc été soulagés quand, peu avant l’entrée en vigueur du décret ministériel, les obligations de diagnostic ont été repoussées jusqu’en 2018. « Voilà une opportunité ; profiter de ce délai pour former les personnels aux bonnes pratiques » comme l’a fait le Pays d’Aix, relate Céline Sales, la directrice de l’Environnement de cette intercommunalité.

Les puéricultrices sont bien sûr concernées, mais aussi les agents de surface. Et tout autant les fonctionnaires qui préparent un marché public pour l’achat de produit sanitaires, souvent polluants.

A Coudoux, discrète commune de 3500 habitants lovée dans les collines du Pays d’Aix, le maire, Guy Barret, a voulu vraiment saisir l’occasion. « Le travail d’Air PACA m’avait déjà sensibilisé. Et en 2010, nous avions lancé une campagne de diagnostics air de nos bâtiments communaux. Aussi, quand le ministère de l’Ecologie a mis à disposition des communes mille kits de diagnostic, nous en avons demandé ».

Ces tubes passifs mesurent le taux de formaldéhydes et de benzène dans l’air. « Gratuit et très simple à réaliser » souligne Olivier Serra, le fonctionnaire territorial en charge du secteur jeunesse et sports de Coudoux. « Une fois les tubes récupérés, on les met sous enveloppe, pour les envoyer dans un laboratoire agréé ». La commune peut ainsi savoir, deux ans avant que ne tombe le couperet réglementaire, s’il faut réagir.

A la maison, pas de règlement, mais des polluants sûrement

Or des moyens existent. « Le ministère de l’Ecologie publie un guide pratique pour mettre en œuvre un plan d’action d’amélioration de la qualité de l’air intérieur » rappelle Mathieu Izard. « Il comporte un questionnaire à soumettre aux personnels concernés. Une animation du processus sera nécessaire. Mais la bonne connaissance de tous des problèmes rendra les solutions durables ».

A Coudoux, ce processus est en cours, soutenu par le Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement du Pays d’Aix.

Peut-être s’y apercevra-t-on, comme à Gap qui a déjà tenté l’expérience, que « de multiples sources font l’air pollué dans une crèche ou une école » souligne d’expérience Mathieu Izard. « Si l’établissement fait réaliser des travaux de confinement, pour un meilleur rendement énergétique, tout en renouvelant son mobilier, qui relarguera des formaldéhydes, alors que le détergent de nettoiement des sols est irritant, ça ne favorisera pas la santé des enfants ». Pour l’éviter il convient donc de penser globalement la situation.

Mais, rappelle aussi l’ingénieur, « ce qui se passe en crèche ou à l’école sera cadré par un règlement. Rien de tel au domicile familial. L’enfant y passe pourtant l’essentiel du temps. Là, nettoyer, fumer, repeindre ou faire griller des aliments impactera plus ses poumons que tout ce qu’il respire ailleurs ».