Air et climat, ça vous parle ?

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La qualité de l’air et le changement climatique sont étroitement liés et leurs enjeux peuvent être semblables, mais pour quelles raisons ? Si ces thématiques peuvent de prime abord sembler distinctes dans leurs effets, elles ont pourtant des corrélations bien réelles.

Le changement climatique, en bref 

Le scénario BaU (pour Business as Usual) correspond à la situation où aucune politique de changement climatique n’est jugée nécessaire. Selon lui, nous devrions atteindre en France +7 °C à la fin du siècle (IPSL), ce qui pourrait signifier :

  • Une augmentation du risque de crue et de sécheresse

  • Une baisse des rendements agricoles

  • Une augmentation du risque et de l’impact des feux de forêts

  • « L’été caniculaire de 2003 (entre 15 000 et 20 000 morts) serait considéré comme frais à la fin du siècle » (GREC SUD)

  • Des déplacements d’animaux vecteurs de maladie

Les impacts globaux d’un tel changement climatique seraient par exemple l’augmentation du risque de famines, les potentiels impacts sur la santé humaine et plus de 250 000 000 de réfugiés climatiques en 2050 (ONU).

Aujourd’hui, les températures ont déjà augmenté de 1 °C depuis 1900. La France a connu une canicule précoce en juin et juillet 2019, avec un record absolu de chaleur battu de 1,8 °C (45,9 °C à Gallargues-le-Montueux dans le Gard). 17 jours d’épisode de pollution ont ainsi été comptabilisés dans les Bouches-du-Rhône entre le 25 juin et le 24 juillet.

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, un hotspot particulièrement touché par le changement climatique

AtmoSud collecte, traite et analyse les émissions de gaz à effet de serre régionales et plaide pour une approche intégrée afin de répondre aux enjeux air/climat/énergie, étroitement liés. En effet, la production et la consommation d’énergie représentent une source non négligeable d’émissions, et les actions prises pour réduire les émissions de GES aboutissent majoritairement à une réduction des émissions de polluants.

L’ensemble de ces éléments alimentent l’ORECA (Observatoire Régional Énergie, Climat, Air) dans lequel AtmoSud est animateur et opérateur technique. La plaquette ORECA 2019 sera publiée et accessible à tous sur notre site web courant décembre.

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur représente 10 % des émissions nationales de GES

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La comparaison des émissions de gaz à effet de serre (SCOPE 1) par secteur d'activité fait apparaître des spécificités régionales (source : Ministère de l'environnement, AtmoSud). Année 2016

Le profil de ces émissions se caractérise par un fort poids du secteur industriel et du secteur de la production énergétique, majoritairement situés dans le département des Bouches-du-Rhône.

La production d’énergie, variable d’une année sur l’autre en fonction de la disponibilité des ressources (pluies, capacité nucléaire en fonctionnement...), engendre une variabilité interannuelle des émissions de GES associées.

Néanmoins, les émissions des trois principaux gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O) ont diminué de 12,5 % sur la période 2007-2017. La majeure partie de cette diminution est due aux effets conjugués des améliorations technologiques industrielles et aux impacts du ralentissement économique de 2008.

Il existe un groupe régional d’experts sur le climat en Provence-Alpes-Côte d’Azur (GREC-SUD) qui a vocation à centraliser, transcrire et partager la connaissance scientifique sur le climat et le changement climatique. Il est aujourd’hui largement reconnu que la Méditerranée est une des régions les plus vulnérables au changement climatique. Selon le GIEC, les travaux indiquent qu’une hausse des températures de 2 à 3 °C est à prévoir en région méditerranéenne à l’horizon 2050, et de 3 à 5 °C à l’horizon 2100. Les précipitations estivales pourraient diminuer de 35 % sur la rive sud et de 25 % sur la rive nord d’ici la fin du siècle.

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est déjà confrontée à d’importants problèmes de stress hydrique, de désertification, de pertes de biodiversité et d’évènements climatiques extrêmes tels qu’inondations et sécheresses. En cohérence avec l’augmentation des températures, le nombre de journées très chaudes croît également (jours avec température maximale supérieure à 30 °C).

Conformément à l’accord de Paris de 2015, pour limiter l’ampleur du réchauffement climatique à 1,5 °C, le GIEC indique que les émissions de dioxyde de carbone devraient être réduites d’environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030.

Air et climat : quel rapport ?

Si les thématiques Air et Climat sont souvent traitées indépendamment l’une de l’autre, la pollution de l’air et le changement climatique sont deux problématiques étroitement liées, notamment de par leurs sources anthropiques communes et leur interdépendance.

Le changement climatique et la pollution atmosphérique présentent tout d’abord des sources communes. Ils sont tous deux majoritairement issus de la combustion d’énergies fossiles telles que le charbon, le pétrole ou le gaz, utilisés comme sources énergétiques dans les secteurs de l’habitat, du tertiaire, de l’agriculture, de l’industrie et du transport routier.

Par ailleurs, l’ozone est un polluant estival directement lié aux activités humaines et au rayonnement solaire. En ce sens, une hausse des températures et de l’ensoleillement pourrait avoir un impact sur le niveau moyen d’ozone et par là même le nombre d’épisodes de pollution à l’ozone. Outre l’impact sanitaire, ce phénomène pourrait contribuer à diminuer le rendement des cultures et accroître l’effet de serre.

Par ailleurs, ces deux phénomènes influent respectivement l’un sur l’autre. Le changement climatique a un impact sur la qualité de l’air et les particules présentes dans l’air ont également un impact sur le climat.

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(Illustration réalisée par Atmo Nouvelle-Aquitaine)

Quelles solutions pour préserver la qualité de l’air et lutter contre le réchauffement climatique ?

Réduire l’utilisation de l’énergie carbonée (charbon, pétrole, gaz)

  • Transports : Développer les mobilités alternatives à la voiture individuelle thermique (piétonisation, mobilité douce, transports en commun, mobilité électrique), développer les produits locaux, accompagner la transformation du secteur aérien et maritime, développer la mixité urbaine

  • Objectif régional de la région Sud : une région neutre en carbone en 2050 (via le SRADDET)

  • Favoriser l’innovation technologique dans les industries

  • Favoriser l’agriculture biologique, réduire la consommation de produits carnés

Produire une énergie renouvelable

  • Agir sur l’ensemble des filières (mix énergétique)

  • Réduire la production d’énergie non renouvelable, en premier lieu le charbon

Baisse des consommations

  • Développer la récupération d’énergie dans les industries, développer l’économie circulaire

  • Réduire les consommations des bâtiments, développer les filières des éco-matériaux, favoriser la construction passive voire à énergie positive

  • Promouvoir la consommation durable (produits durables, économie de la fonctionnalité...)

À l’heure où les enjeux de l’air et du climat doivent être pensés selon une approche intégrée, il semble important d’agir simultanément sur l’un comme sur l’autre afin de favoriser les synergies. La réduction des émissions de gaz à effet de serre s’accompagne d’une réduction des polluants atmosphériques.

Cependant, il est important d’apporter une certaine nuance à l’ensemble des solutions existantes.

En effet, dans certains cas, les actions en faveur du climat peuvent parfois dégrader la qualité de l’air. À titre d’exemple, le chauffage au bois utilise une ressource énergétique dite « renouvelable » et semble donc favorable pour le climat (le CO2 émis lors de la combustion est recapté lors de la croissance des forêts) mais il présente également un risque de dégrader la qualité de l’air par les particules fines qui en émanent. Par ailleurs, l’isolation énergétique des bâtiments est une bonne alternative pour lutter contre le réchauffement climatique car elle conduit à diminuer les consommations, mais elle s’accompagne souvent d’une moindre possibilité de ventiler et peut donc présenter là encore un risque de dégrader la qualité de l’air intérieur. Concernant les transports routiers, il est indéniable que l’incorporation de biocarburants dans le gazole et dans l’essence limite les émissions de CO2, mais génère cependant plus de polluants de l’air comme les COVNM.

Et vous, ça vous parle ?