Bien plus qu’une simple cause aux allergies saisonnières, les pollens sont l’expression de multiples enjeux. Quand leur présence impacte la santé unique, elle renvoie également aux conséquences de la pollution de l’air, du réchauffement climatique et de la météo. Comme aux gestes qu’il nous faut adopter pour nous préserver et nous adapter. Illustrant une forme de "pollution biologique" de l’air à part entière, AtmoSud en a fait depuis plusieurs années l'un de ses objets d'observation.
De quoi on parle ?
Les pollens sont de minuscules grains produits par les végétaux (plantes à fleurs, herbacées, graminées, arbres…) nécessaires à leur reproduction. Ces pollens sont le plus souvent libérés par les plantes dites "anémophiles" qui se reproduisent grâce à leur transport par le vent vers des fleurs femelles. Souvent considérés comme nuisibles à cause des manifestations allergiques plus ou moins graves qu’ils peuvent engendrer (rhinite, conjonctivite, difficultés respiratoires, asthme, et plus rarement des réactions cutanées de type eczéma ou urticaire), ils ne sont pas tous à redouter (25 sortes de pollens allergisants courants sont répertoriés en France). Suffisamment cependant pour toucher ¼ de la population française et s’imposer comme une "pollution biologique" de l’air.

Saviez-vous que le cyprès est responsable des trois quarts des cas d'allergies aux pollens dans la région Sud ? C'est pourquoi AtmoSud a ajouté sa surveillance à son indice pollinique. Pour anticiper les périodes de pollinisation, une carte est consultable via la rubrique "L’air de ma commune", onglet "Pollens".
Les pollens, un enjeu de santé publique
Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), 30 % des adultes et 20% des enfants de +9 ans souffrent de pollinose en France (allergie aux pollens, également appelée rhume des foins). Une proportion qui a presque doublé en 20 ans dans les pays industrialisés et qui devrait atteindre les 50% en 2050 selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Cette prévalence de la population allergique aux pollens depuis les années 2000 a poussé de nombreux scientifiques à s’intéresser à un lien probable avec le changement climatique et la pollution de l’air.
Pollens et changement climatique
Hivers plus doux, déficits ou excès pluviométriques, migrations d’espèces végétales… sont autant de conséquences du réchauffement du climat. La hausse des températures terrestres provoque en effet une floraison et une pollinisation plus précoces et plus abondantes. Les saisons polliniques deviennent plus longues : elles sont allongées à la fin de l’hiver et au début du printemps.
C’est notamment le cas pour le cyprès, principal allergène de la région Sud, comme le rappelle le Professeur Denis Charpin, ancien chef de service de pneumologie-allergologie de l’Hôpital Nord à Marseille, dans une interview accordée à notre média Inspirons !. Sa période de pollinisation s’est étendue de janvier à avril, quand elle se terminait auparavant en mars. Par effet domino, la population est donc exposée plus longuement aux pollens, ce qui a pour effet de la sensibiliser à leurs allergènes et de développer davantage d’allergies.
En parallèle, l’augmentation de la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère due aux activités humaines accroît de façon significative la production de pollens. Ce gaz, nécessaire à la photosynthèse et propice au bourgeonnement précoce des espèces, illustre le lien entre des pollinoses en croissance constante et les polluants atmosphériques. Et il n’est pas le seul.

Selon une étude publiée sur ResearchGate, les concentrations actuelles de CO₂ ont fait grimper la production de pollen de 131 % par rapport à la période préindustrielle. Si le taux dans l’atmosphère atteint les niveaux projetés pour le XXIᵉ siècle, la production augmenterait de 320 %.
Pollens et pollutions : l’allergie aux "pollu-ens"

Dans l’épisode de notre podcast d’Inspirons ! " Etes-vous allergique aux pollu-ens", Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l'Inserm et professeur d'épidémiologie environnementale, éclaire nos auditeurs sur deux impacts concomitants de la pollution atmosphérique dans les allergies aux pollens.
D’un côté, les polluants de l’air (dioxyde de carbone et dioxyde d'azote - CO2 et NO2-, ozone -O3- et particules fines PM10 et PM2.5) fragilisent l’individu et provoquent une irritation des muqueuses des voies aériennes et de la muqueuse oculaire, mais aussi une hyper réactivité bronchique. Ce qui augmente la sensibilité des personnes prédisposées aux allergies et diminue leur seuil de sensibilité.
De l’autre, ces mêmes polluants vont agir sur les aéroallergènes contenus dans les grains de pollens en s’attaquant à leur paroi externe, ce qui les rend plus nocifs en libérant plus facilement les protéines allergisantes. La capacité de leur grains à pénétrer en profondeur dans les voies respiratoires est alors accrue. Les pics de pollution atmosphériques représentent donc un facteur aggravant des symptômes de la pollinose. Les pollens pollués semblent avoir un potentiel allergisant beaucoup plus élevé. Ce qui mènent de plus en plus de spécialistes à parler d’allergie aux "pollu-ens", soit l’acronyme des mots "pollution" et "pollens".
- Lire aussi : Quel impact de la pollution de l’air sur les allergies aux pollens à Marseille, Aix-en-Provence, et les environs de l’étang de Berre ?
- A écouter : L'épisode "Etes-vous allergique aux "pollu-ens" ? du podcast Inspirons !

Pollens et météo
Les événements météorologiques participent eux aussi à la dispersion des pollens dans l’air et à la prévalence de la population allergique :
- Les orages survenant en pleine saison pollinique peuvent augmenter l'intensité de crises d'asthme de personnes atteintes de pollinose.
- Le vent favorise l’envol des pollens, surtout lorsqu'il est associé à un temps sec (l’humidité les retient sur les végétaux et le sol). Cette force naturelle détermine l'étendue de la dispersion des pollens. En son absence, les grains de pollens se déposent rapidement à proximité de la plante. Par vent modéré, ils restent en suspension, augmentant le risque de concentration dans l’air. Un vent fort (supérieur à 45 km/h) disperse et dilue le pollen dans l'atmosphère, quand une brise modérée l'y maintient en suspension, favorisant sa concentration. Enfin, un vent faible (inférieur à 2 km/h) favorise la dépose des pollens au sol. Un ré-envol est possible si le sol est sec et artificiel.
- La pluie, contrairement aux idées reçues, n’est pas qu’un élément favorable en cas de pollens. Si elle plaque les pollens au sol, freinant leur dispersion, leur chute peut aussi entraîner leur explosion et libérer les allergènes.
- La température : le froid et le gel retardent la croissance des plantes et donc le début de la pollinisation. Inversement, le soleil et la chaleur vont favoriser une saison pollinique précoce et une émission plus abondante des grains de pollens.
En résumé, la situation météorologique la plus propice à la libération et à la dispersion des pollens est une journée très ensoleillée, sans précipitation, avec des températures élevées et un vent modéré.
Vidéo
Interview de Dominique Robin, invité de BFM Marseille-Provence le 23 mars 2025, sur le sujet des pollens et de la pollution atmosphérique.

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