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Sandra Pérez étudie la relation entre pollution atmosphérique et pathologies des populations du Pays de Martigues. Clairement, pour elle, Scenarii ouvre des perspectives. « Nous devrions mieux comprendre ce que les maladies observées doivent à la pollution, surtout si nous pouvons disposer de données anciennes sur celle-ci ».

Rencontre avec Sandra Pérez, géographe, Maître de Conférences à l’Université de Nice Sophia Antipolis, au laboratoire « ESPACE », UMR 7300

Sandra Pérez - Université Nice Sophia Antipolis
Sandra Pérez, géographe

Vous utilisez les données d’Air PACA pour comprendre la relation pollution atmosphérique-santé. Et vous dites que la découverte des résultats de l’étude Scenarii, complétée par Polis, ouvre des perspectives à cette recherche ?

Notre étude, Air Santé, menée pour le Pays de Martigues, toujours en cours, est menée à l’échelle des IRIS *. A ce niveau nous pouvons étudier la santé des habitants dans sa relation avec l’exposition aux polluants. Nous tenons compte également de faits sociologiques : par exemple du nombre de chômeurs, ou encore de familles monoparentales. Nous disposons aussi de mesures d’expositions, dans ces unités humaines, datant de 2012. Le problème des études de ce type, c’est que les gens qui développent, par exemple, un cancer, sont peut-être exposés depuis bien plus longtemps aux polluants atmosphériques, et qu’il nous faudrait disposer de données sur des périodes plus longues. Et, on doit en être conscients, les gens ont été exposés, par le passé, à des pollutions bien plus importantes. Depuis, des efforts ont été réalisés par les industriels, conduits par des réglementations qui ont évolué. La connaissance des niveaux et de la qualité des pollutions anciennes est donc importante.

Ma réflexion c’est que, connaissant la mise en relation des pathologies actuelles et des expositions anciennes, nous pourrions penser de nouveaux indices d’exposition individuelle. Comparer ensuite ces résultats à notre connaissance de l’état des cancers sur les communes observées permettrait sûrement de mieux valider les modèles d’Air PACA, tout en nous permettant, à nous chercheurs, de mieux connaître les niveaux de pollution auxquelles ont été soumises les populations dans le passé.

Vous utilisez le terme « gagnant-gagnant » en évoquant cette possible évolution de votre étude. En quoi le serait-elle ?

Ce serait en effet du « gagnant-gagnant », pour que tous les acteurs de l’étude Air Santé appréhendent mieux la relation entre santé humaine et caractéristiques de la pollution passée, sur de longues périodes. Cette connaissance serait nécessaire, pour la bonne compréhension de ce phénomène et, partant, pour des politiques sanitaires et des actions plus efficaces sur les sources de pollution.

Air PACA trouve cette évolution de notre étude intéressante, tout comme la responsable de l’étude au sein du Pays de Martigues. Puisque tout le monde est d’accord, on va progresser dans cette voie !

Une difficulté ne pourra toutefois pas être contournée ; les données sur la pollution atmosphérique sont importantes de nos jours, elles l’étaient bien moins voici trente ans, peu de polluants étaient alors surveillés. Disposeriez-vous d’un niveau pertinent d’informations anciennes pour comprendre mieux la relation air-santé dans le Pays de Martigues ?

C’est évidemment encore une inconnue, et un défi.

Mais, au fond, Scenarii, pour moi, ouvre des perspectives de recherche, et avec celles-ci Air PACA vérifierait mieux si les indices de risques individuels déjà calculés correspondent bien à des pathologies concrètes, avérées, telles qu’enregistrées par les hôpitaux locaux. Pour notre étude c’est important.

Vous comprenez, pour que nous puissions mettre en relation ces pathologies observées avec ce que les gens respiraient en 1990 plutôt qu’en 2012.

Une inconnue reste le nombre de polluants dont nous pourrons connaitre les niveaux en 1990 ou un peu après, c’est vrai…Scenarii s’intéresse, pour la période récente, à 39 polluants, mais jusqu’à 46 en fait, si nous comptons que certaines substances, particulaires, ont aussi une phase gazeuse. Vous soulignez que nous ne pouvons pas espérer disposer de données régulières sur tous ces polluants. Mais, en revanche, des études ponctuelles sur des polluants moins étudiés voici vingt ans, cela existe, c’est un  espace de recherche qu’il nous faut explorer. Vous touchez là un de nos problèmes : il faut faire au mieux avec des données statistiques disponibles.

Un fait majeur, à ce niveau, c’est qu’une structure - elle s’appelait alors encore Airfobep - puisse disposer d’un historique des polluants respirés sur un espace donné, dont elle a élargi peu à peu l’éventail. Pour notre recherche c’est un avantage à exploiter. Pour la compréhension des relations entre air respiré et pathologies des habitants.

*IRIS = échelon territorial d’environ 2000 personnes, par exemple un quartier. L’échelle la plus fine dans les nomenclatures de l’INSEE.